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Passeport

Hildegarde de Bingen naît en 1098 à Bemersheim, en Rhénanie dans une famille aristocrate. A huit ans, elle est confiée au monastère bénédictin de Disibodenburg. Elle y reçoit une éducation intellectuelle et religieuse. En 1136, elle est élue abbesse et se retrouve à la tête de la communauté. Elle connaît une vie spirituelle riche, faite de visions, mais n’en parle pas dans la première moitié de sa vie. En 1141 elle met ses visions par écrit (Scivias). Comme elle n’a pas d’autorité en tant que femme, elle obtient l’appui de Bernard de Clairvaux. En 1149, elle quitte Disibodenburg pour construire son propre monastère à Rupertsberg, près de Bingen. Elle meurt le 17 septembre 1179, laissant une œuvre considérable : ouvrages spirituels, encyclopédies, musique, etc. Elle sera proclamée Docteur de l’Église le 7 octobre 2012 par le pape Benoît XVI. 


Miniatur aus dem Rupertsberger Codex des Liber Scivias

Ses grands engagements

En tant que femme, elle se confronte à un enjeu majeur : comment faire entendre sa parole en public ? Lorsqu’elle commence à écrire, à 43 ans, c’est pour elle un acte libérateur qui lui permet d’explorer de nouvelles voies spirituelles. Bernard de Clairvaux l’autorise à écrire pour parler de sa vie spirituelle. Elle est érudite, pourtant dans ses écrits, elle souligne toujours sa faiblesse de femme. Elle transgresse ainsi les frontières que l’époque impose aux femmes, pour garder sa liberté d’expression dans un système patriarcal : son savoir ne vient pas d’elle, mais de Dieu. Cette prétendue ignorance est la clé de voûte de sa vocation apostolique. Hildegarde n’est pas la caricature d’une mystique perdue dans ses extases. Elle fait preuve d’une grande créativité spirituelle et intellectuelle.

Sa modernité et son originalité

Elle va s’émanciper de l’autorité religieuse et monastique en bouleversant de manière originale les rapports de genre de l’époque : sa liberté relative la pousse à fonder son propre monastère. Dans ses écrits, elle ne fait pas seulement le récit de ses visions, elle en donne aussi une interprétation théologique et artistique ; c’est une sorte de théologie en images. Elle s’exprime sur la beauté de la femme, en justifiant théologiquement de la beauté féminine. Sa modernité réside encore dans son approche médicale et holistique du corps. Elle dépasse le cadre d’une approche spirituelle, ne séparant jamais le corps de l’esprit.

Liber divinorum operum, Codex latinus 1942(vers 1230), Lucques, Bibliothèque d’Etat (vision 4, fol. 38).

Les grands axes de sa pensée

Dans son expérience de Dieu, la musique, la lumière et les images sont entrelacées. Ses visions ne sont pas synonymes d’extase, mais une analyse de sa propre vie spirituelle. Elles ne sont pas uniquement le produit de son imagination, elles sont ancrées dans les Écritures. Hildegarde montre l’importance du rapport entre la foi et la raison : pour elle, la raison permet de comprendre la liberté de chacun, notamment quand il s’agit de répondre librement à l’appel de Dieu. Elle porte un intérêt particulier pour la création : « la création est le vêtement de la sagesse. » Elle parle de viriditas [ce qui est vert] comme d’une énergie qui parcourt la création et qui n’est pas statique, car on y trouve une vitalité toujours en lien avec le Créateur.

À méditer…pour illustrer sa pensée

« Je vis de l’air éclatant, dans lequel j’entendis, au-dessus de toutes les images que j’ai évoquées, toute sorte de musiques merveilleuses, et ce concert, comme la voix d’une multitude, s’organisant en harmonie de louanges sur les degrés du ciel. » (Vision XIII, Scivias)

« Le créateur est lui aussi lié à sa création, lorsqu’il fait don de la fraîcheur verdoyante et de la force féconde de vie. (…) C’est pourquoi la création, dans l’intimité de son amour, peut s’adresser à son créateur comme à un bien-aimé. (…) L’être humain représente l’idéal de la création et il est plénitude de toute création. Au plus profond de son âme, il réclame le baiser de son Dieu. » (Livre des œuvres)

Pour aller plus loin

Hildegarde de Bingen, Scivias. « Sache les voies » ou Livre des visions, Paris, Cerf, 1996.

Hildegarde de Bingen, Le livre des œuvres divines, Paris, Albin Michel, 2011.

Hildegarde de Bingen, Lettres, Grenoble, Jérôme Millon, 2007.

© Florence Hostettler, 2020