Étiquettes

, , ,

a-fellaDiplômée de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris en Sciences religieuses, Audrey Fella est historienne et essayiste. Ses recherches portent entre autres sur la femme et le sacré, la mystique chrétienne et laïque. Elle s’intéresse également à la manière dont les religions et la spiritualité, quand elles ne sont pas dévoyées, peuvent participer à la quête de sens de nos contemporains. Elle a dirigé et coécrit Les Femmes mystiques. Histoire et dictionnaire (Robert Laffont, Coll. Bouquins, 2013). Elle est l’auteur de Hildegarde de Bingen. Corps et âme en Dieu (Points, 2015) et Femmes en quête d’absolu (Albin Michel, 2016).

1. Quelle définition donneriez-vous du mot « mystique » ?

La mystique est un authentique mode de connaissance de Dieu ou de l’absolu, issue de l’expérience, capable de transfigurer la condition humaine. Dans la tradition chrétienne, elle se définit comme une union avec Dieu ; de manière plus générale, comme une « expérience fruitive de l’absolu » (Louis Gardet). Dans tous les cas, c’est la saisie intérieure d’une réalité tout autre, qui conduit à une transformation de l’être. La mystique concerne donc la possibilité pour l’âme humaine d’entrer en relation et d’expérimenter Dieu ou l’absolu, quel qu’il soit.

2. Pourquoi avez-vous choisi ce champ d’études ?

Travaillant sur la femme et le sacré depuis plusieurs années, la mystique s’est naturellement imposée à moi lors de mes recherches sur les expériences de femmes religieuses et spirituelles.

3. Les figures mystiques et/ou ouvrages mystiques qui ont marqué votre activité de recherche et votre parcours intellectuel et/ou personnel.

Les figures qui m’ont le plus marquée sont des femmes telles qu’Hildegarde de Bingen (1098-1179) pour ses visions inspirées, sa musique et sa connaissance de la nature, Hadewijch d’Anvers (v. 1200-1260) et Râbi’a al-Adawiyya (v. 714-801) pour leur quête infinie de l’Amour, et Etty Hillesum (1914-1943) qui, partageant le terrible destin du peuple juif pendant la Seconde Guerre mondiale, témoigne sans conteste de la profondeur et de la force de la mystique. Chacune d’entre elles révélant le pouvoir de vie d’une telle expérience.

4. Quelle est à votre avis l’actualité de l’étude de la mystique ou d’une réflexion sur la  « mystique » dans le monde contemporain ?

Quelles que soient les époques, la mystique a toujours suscité l’intérêt des chercheurs, croyants ou pas, montrant ainsi l’actualité toujours renouvelée d’un tel sujet d’étude. Aussi est-elle un « outil » incontournable de connaissance de la nature humaine, de ses possibilités et ses ressources. A l’heure de la crise éthique et religieuse de nos sociétés occidentales, il est d’autant plus important de poursuivre la réflexion sur ce sujet inspirant, ouvrant sur une autre façon possible d’être et de vivre, et repoussant les horizons matérialistes de nos contemporains. L’intérêt de la mystique est donc à la fois intellectuel et spirituel.

5. Quelle place donner aujourd’hui à l’étude de la mystique au sein des Universités et des centres de recherche ?

Une plus grande place qu’elle n’a actuellement, pour la faculté de ce sujet d’étude à obliger les chercheurs et les penseurs à inventer de nouvelles méthodologies pour l’approcher, à ne jamais se croire arriver, grâce à son mystère inspirant et toujours entier. Et par là, à stimuler la recherche et à renouveler le savoir…

6. Quel(s) ouvrage(s) « mystique(s) » conseillez-vous à tous ceux qui souhaitent découvrir ce genre littéraire ?

Tous les ouvrages écrits de la main des mystiques eux-mêmes, qui sont les plus enclins à plonger le lecteur dans l’insondable profondeur de cette expérience : Une vie bouleversée d’Etty Hillesum, La Nuit obscure de Jean de la Croix, Le Château intérieur de Thérèse D’Avila, Le Livre des œuvres divines d’Hildegarde de Bingen, La Pesanteur et la grâce de Simone Weil, les Poèmes spirituels d’Hadewijch d’Anvers, Le Miroir des âmes simples et anéanties de Marguerite Porete, etc.