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imagesGuglielmo Forni Rosa a enseigné la Philosophie morale et l’Anthropologie philosophique à l’Université de Bologne ; son activité de chercheur et ses publications concernent principalement le rapport entre la religion chrétienne et la société moderne ; les auteurs qui sont au centre de son travail depuis une vingtaine d’années sont: J.-J. Rousseau, Simone Weil et le modernisme religieux en France. Parmi ses plus récentes publications : Dictionnaire Rousseau – Anthropologie, Politique, Religion, Musée J.-J. Rousseau, Montmorency 2011 ; Antimoderne : le Saint Jean-Jacques du premier Maritain, « Rousseau Studies », 1, Antirousseauismes, Slatkine, Genève 2013, p. 115-130 ; K. Barth : du Rousseau romantique à la théologie libérale, « ETR – Études théologiques et religieuses », 2015/4, p.591-605. (Pour une bibliographie générale, voir ici.)

1) Quelle définition donneriez-vous du mot « mystique » ?

Je considère «  mystique » une expérience spirituelle –  dans le sens donné par Pierre Hadot et Michel Foucault –  qui n’est pas limitée à une entreprise de connaissance (dans laquelle, selon le modèle de la scientificité moderne, le sujet resterait tout à fait le même), mais qui vise à une transformation du sujet et donc à un nouveau rapport avec la vérité ou la réalité.

2) Pourquoi avez-vous choisi ce champ d’études ?

Je ne l’ai pas choisi, ou, plus précisément, je ne l’ai pas choisi depuis longtemps : j’y suis parvenu à travers le modernisme ; en effet, mon premier travail dans ce domaine (si on laisse de côté Simone Weil : Simone Weil politica e mistica, Rosenberg & Sellier, Torino 2009, traduit intégralement en français dans la revue « Cahiers Simone Weil »), qui n’est pas encore publié, concerne la discussion sur Jean de la Croix à la Société française de Philosophie (2 mai 1925).

3) Les figures mystiques et/ou ouvrages mystiques qui ont marqué votre activité de recherche et votre parcours intellectuel et/ou personnel.

D’une certaine manière j’ai déjà répondu indirectement à cette question : d’abord Simone Weil, qui est très liée à  Jean de la Croix, ensuite Jean de la Croix. A présent, je commence à m’occuper du néoplatonisme: ce qui m’intéresse c’est de comprendre les relations entre mystique chrétienne et mystique païenne, à partir de la problématique que j’ai effleurée dans ma communication au colloque L’Université face à la mystique : un siècle de controverses ? (Université de Genève , 28-30 avril 2016).

4) Quelle est à votre avis l’actualité de l’étude de la mystique ou d’une réflexion sur la  « mystique » dans le monde contemporain ?

 Il faudrait naturellement distinguer entre une approche personnelle, ou existentielle, qui vise à une transformation du sujet dans le sens que j’ai indiqué plus haut, et une approche purement intellectuelle (psychologie, anthropologie, histoire, etc.) qu’on peut observer normalement au sein des  Universités. Dans le premier sens, l’intérêt pour la mystique semble « basculer » suite à  la crise de la religion dans les sociétés modernes. En même temps, des expériences mystiques très différenciées peuvent offrir un parcours spirituel là où les vieilles religions sont devenues absentes.

5) Quelle place donner aujourd’hui à l’étude de la mystique au sein des Universités et des centres de recherche ?

 Je ne sais pas. Je souhaiterais que le premier sens indiqué plus haut (expérience spirituelle) et la recherche scientifique, historique, etc., puissent « se donner la main ». L’importance « publique », c’est-à-dire politique, de la mystique serait possible uniquement si la lecture de ces textes (mystiques) comportait une modification de notre attitude envers le monde et envers les autres.

6) Quel(s) ouvrage(s) « mystique(s) » conseillez-vous à tous ceux qui souhaitent découvrir ce genre littéraire ?

Un seulement, d’abord : Jean de la Croix.

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