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Nicolas de CuesVéritable synthèse entre spéculation métaphysique et mystique médiévale d’inspiration néoplatonicienne, entre science et théologie, la pensée de Nicolas de Cues (1401-1464) était de grande hardiesse et ouvrait de nouvelles perspectives anthropologiques et cosmologiques. Nous vous proposons deux extraits tirés du traité Le Tableau ou la Vision de Dieu (De visione Dei sive de icona, 1453) où le Cusain revient sur la célèbre théorie de la coïncidence des contraires, illustrée en 1440 dans le De docta ignorantia.

sun-622740_1920« Qu’est-ce voir, pour toi, Seigneur, quand tu me regardes avec l’œil de la bienveillance, sinon être vu par moi ? En me voyant, tu te donnes à voir à moi, toi qui es le Dieu caché. Personne ne peut te voir tant que tu ne te donnes pas à voir. Et tu n’es vu que lorsque tu vois celui qui te voit. Je vois dans cette image de toi que tu te penches, Seigneur, pour montrer ta face à tous ceux qui te cherchent. Car jamais tu ne fermes les yeux, jamais tu ne les tournes ailleurs et, même si je me détourne de toi pour me tourner vers toute autre chose, ni tes yeux ni ton regard ne changent pour autant. Si tu ne me regardes pas avec l’œil de la grâce, c’est moi qui en suis la cause, moi séparé, détourné de toi, tourné que je suis vers quelque autre objet préféré à toi. Mais tu ne te détournes pas encore tout à fait et ta miséricorde me suit, attendant le moment où je voudrai revenir vers toi pour être capable de recevoir ta grâce. Car enfin, si tu ne me regardes pas, c’est que je ne te regarde pas mais te rejette et te méprise ».

« Tu es donc, mon Dieu, invisible à la vue de tous et l’on te voit dans tout regard. A travers tout être qui voit, dans tout ce qui est visible et dans tout acte de voir, l’on te voit, toi qui es invisible, détaché de tout cela, élevé dans l’infini. Il faut donc, Seigneur, que je franchisse ce mur de la vision invisible où l’on te trouve. »

[Nicolas de Cues, Le tableau ou la vision de Dieu, trad. fr. A. Minazzoli, Paris, Cerf, 1986].

Pour aller plus loin :

  • Nicolas de Cues, Anthologie, Paris, Cerf, 2013.
  • Kurt Flasch, Initiation à Nicolas de Cues, Paris – Fribourg, Cerf – Academic Press, 2008.
  • Maurice de Gandillac, La philosophie de Nicolas de Cues, Paris, Aubier, « Philosophie de l’Esprit » 24, 1941.