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Émile Poulat est mort en novembre 2014, à l’âge de 94 ans. On sait ce que lui doit la sociologie et l’histoire des idées religieuses au XXe siècle, spécialement pour ce qui concerne l’étude du modernisme et du catholicisme en France et en Europe.

Nous aurons l’occasion, dans ce Blog, de revenir sur une publication d’importance : L’Université devant la mystique. Expérience du Dieu sans mode, transcendance du Dieu d’amour, ouvrage paru aux éditions Salvator, dans la collection « Pierres d’Angle », 1999, 292 p.

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Premier livre d’Émile Poulat, rédigé à la fin des années 1940, mais dont la parution est posthume (mars 2015).

Mais avant cela, nous voulons présenter ici une publication posthume à la fois inattendue et toute récente. Avant de devenir le savant que l’on sait (à la fois directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales), Émile Poulat a en effet été prêtre et théologien. Début janvier 1950, lecteur à l’Université de Fribourg-en-Brisgau, il soutient une thèse de théologie sur le désir naturel de voir Dieu. Cinq ans après, il quitte la prêtrise et entreprend une carrière de chercheur, historien et sociologue du catholicisme, expert de la laïcité.

Quel lien entre l’activité scientifique qu’il a menée pendant plus de soixante ans (755 références ici rassemblées dans une bibliographie exhaustive) et ce travail de jeunesse, longtemps occulté, consacré à d’obscures controverses d’exégèse thomiste ? « On n’a pu se défendre, avait-il conclu, d’une impression de malaise en suivant les discussions sur les notions d’appétit, de désir, de puissance, fleurs séchées d’un vieil herbier, qui furent autrefois vivantes et parfumées mais dont nous avons peine aujourd’hui à retrouver la présence familière ». Il en appelait à une philosophie de « l’expérience vécue », qu’il semblait alors bien près de trouver dans l’œuvre de Maurice Blondel.

Controverses pourtant décisives au moment où il écrit – quasi contemporain de Surnaturel du P. de Lubac – et qui prennent sens comme révélatrices d’une pensée chrétienne en crise, mise au défi du « naturalisme » moderne.

Émile Poulat a souhaité cette publication avant sa mort. Il s’en est expliqué avec François Trémolières et Yvan Tranvouez dans un entretien éclairant qui apparaît en postface de ce livre.

Notons que cet ouvrage remarquablement réalisé et présenté est également doté d’une riche introduction (réalisée par F. Trémolières) et d’une bibliographie exhaustive (réalisée par Y. Tranvouez).