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« Il n’est possible d’aimer et d’être juste que si l’on connaît l’empire de la force et si l’on sait ne pas le respecter. »

L’Iliade ou le poème de la force (1940)

in La Source grecque, Paris, Gallimard, 1953 p. 40

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« Impuissance de Dieu. Le Christ a été crucifié ; son Père l’a laissé crucifier ; deux aspects de la même impuissance. Dieu n’exerce pas sa toute puissance ; s’il l’exerçait, nous n’existerions pas, ni rien. Création : Dieu s’enchaînant par la nécessité – On peut espérer que les chaînes tombent à la mort, mais aussi on cesse d’exister comme être séparé – Pourquoi la création est-elle un bien, étant inséparablement liée au mal ? En quoi est-ce un bien que j’existe, et non pas Dieu seul ? Que Dieu s’aime par mon misérable intermédiaire ? Je ne puis le comprendre. Mais tout ce que je souffre, Dieu le souffre, car c’est l’effet de la nécessité dont il s’abstient de fausser le jeu. (Aussi fut-il homme et est-il matière, nourriture) » Œuvres complètes VI, vol. 2, p. 267.

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« Ce que le crayon est pour moi quand, les yeux fermés, je palpe la table avec la pointe – être cela pour le Christ. Nous avons la possibilité d’être des médiateurs entre Dieu et la partie de création qui nous est confiée. Il faut notre consentement pour qu’à travers nous, il perçoive sa propre création. Avec notre consentement, il opère cette merveille. Il suffirait que j’aie su me retirer de ma propre âme pour que cette table que j’ai devant moi ait l’incomparable fortune d’être vue par Dieu. Dieu ne peut aimer en nous que ce consentement à nous retirer pour le laisser passer, comme lui-même, créateur, s’est retiré pour nous laisser être. Cette double opération n’a pas d’autre sens que l’amour, comme le père donne à son enfant ce qui permettra à l’enfant de faire un présent le jour de l’anniversaire de son père. Dieu qui n’est pas autre chose qu’amour n’a pas créé autre chose que de l’amour. »

La Pesanteur et la Grâce (1947), “Effacement”

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« À quiconque en fait consent à orienter son attention et son amour hors du monde, vers la réalité située au-delà de toutes les facultés humaines, il est donné d’y réussir. En ce cas, tôt ou tard, il descend sur lui du bien qui à travers lui rayonne autour de lui. »

Écrits de Londres et dernières lettres, Paris, Gallimard, 1957, p. 75

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« L’unique fait surnaturel ici-bas, c’est la sainteté elle-même et ce qui en approche ; c’est le fait que les commandements divins deviennent chez ceux qui aiment Dieu un mobile, une force agissante, une énergie motrice, au sens littéral, comme l’essence dans une automobile ».

L’Enracinement (1949), Œuvres complètes V, vol. 2, p. 332