Mots-clés

, ,

Catherine de Bar, Mère Mectilde du Saint Sacrement (1614-1698)

Catherine de Bar, Mère Mectilde du Saint Sacrement (1614-1698)

Catherine de Bar naît à Saint-Dié (Vosges) le 31 décembre 1614. Ayant manifesté dès sa plus tendre enfance le désir de se consacrer à Dieu, à l’âge de 17 ans elle entre au Monastère des Annonciades de Bruyères, ordre lié à la spiritualité franciscaine, où elle émet ses vœux en 1633. La même année, la guerre des Trente ans touche la Lorraine. Les premières années de la vie religieuse de Catherine de Bar seront ainsi marquées par la violence, la famine et les pestilences. Nommée supérieure, elle fuit avec ses religieuses l’entrée des Français en Lorraine ; après quatre ans d’exode, elle trouve refuge au monastère des bénédictines de Rambervilliers, où elle fait profession comme bénédictine le 11 juillet 1640. Chassée à nouveau par la guerre, à partir d’août 1641 elle est accueillie à Paris, à l’abbaye de Montmartre. L’année suivante, Catherine de Bar, devenue en religion Mère Mectilde du Saint-Sacrement,  quitte Montmartre pour aller à Caen, où elle arrive avec deux de ses religieuses le 14 août 1642. C’est en Normandie qu’elle rencontre Jean de Bernières-Louvigny, avec qui elle se lie d’une profonde amitié spirituelle. Elle a ainsi l’occasion d’entrer en contact avec le cercle mystique normand de l’Ermitage de Caen et de faire la connaissance de quelques grandes figures du Siècle d’or de la spiritualité française, tels Jean Eudes, Marie des Vallées et Jean-Chrysostome de Saint-Lô.

Anne d'Autriche à la fondation de l'Institut du Saint Sacrement de Mère Mectilde

Anne d’Autriche à la fondation de l’Institut du Saint Sacrement de Mère Mectilde (auteur : Philippe de Champaigne, 2e moitié 17e siècle)

En août 1643 elle reconstitue sa communauté près de Paris à Saint-Maur-des-Fossés ; après avoir été nommée prieure du monastère du Bonsecours à Caen le 21 juin 1647, trois ans plus tard, en août 1650, elle retourne a Rambervilliers. L’année suivante, en mars 1651, on la retrouve en pleine Fronde a Paris où elle rejoint ses sœurs de Saint-Maur réfugiées rue du Bac. C’est ici qu’elle mûrit le dessein de fonder un monastère bénédictin destiné à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Au même moment la régente Anne d’Autriche se sent poussée à faire un vœu pour obtenir de Dieu la paix dans le Royaume ravagé par la guerre civile que la Fronde a fait naître. Réfugiée à Poitiers avec la famille royale, par l’intermédiaire de la comtesse de Brienne, la reine demande à Charles Picoté, vicaire de la Paroisse de Saint-Sulpice et directeur spirituel de Jean-Jacques Olier, d’émettre un vœu en son nom. D’abord Monsieur Picoté demande à Dieu de lui faire connaître « ce qui lui serait le plus agréable », puis au cours de l’oraison l’idée lui vient que ce vœu pourrait consister dans l’engagement d’établir « une maison religieuse consacrée au culte perpétuel du Saint-Sacrement en réparation des injures commises pendant la guerre par les soldats et mauvais chrétiens contre cet auguste mystère ». Ayant appris que des paroissiens de Saint-Sulpice ont signé un contrat de fondation en faveur de Bénédictines adoratrices du Saint-Sacrement et que l’autorité royale leur a refusé les Lettres patentes, Picoté rend visite à Mère Mectilde et au début de l’année 1653 Anne d’Autriche la désigne comme future supérieure du monastère, destiné à remplir les conditions du vœu qui avait été formulé. La communauté quitte la rue du Bac et loge provisoirement dans une maison de la rue Férou ; enfin le 21 mars 1659, grâce à la générosité du comte et de la comtesse de Châteauvieux, Mectilde de Bar et ses religieuses peuvent s’installer dans le monastère de la rue Cassette. La communauté s’agrandit rapidement et les années suivantes seront marquées par plusieurs fondations : Toul (1664 ), Rouen (1667), Notre-Dame de Consolation de Nancy (1669), Varsovie (1688), etc.

Centrée sur les thèmes de l’abandon à la volonté de Dieu, de l’anéantissement, du sacrifice, de la conformité intérieure aux mystères, etc., la doctrine spirituelle de cette actrice majeure du renouveau du christianisme au XVIIe siècle s’inscrit pleinement dans l’atmosphère de l’école française de spiritualité. Femme à la fois active et contemplative, Mectilde de Bar décède à Paris le 6 avril 1698, âgée de 83 ans.

Mariel Mazzocco

Indications de lecture pour aborder l’auteur :

Yves Poutet, Catherine de Bar (1614-1648) Mère Mectilde du Saint-Sacrement, Paris, Parole et Silence, 2013.

Une amitié spirituelle au grand siècle, Lettres de Mère Mectilde à Marie de Châteauvieux, Paris, Téqui, 1989.

Catherine de Bar, Lettres inédites, Rouen, Bénédictines du St Sacrement, 1976.

©2017. Blog Mystiquefigures.com. Toute reproduction interdite.