Étiquettes

, ,

Etty Hillesum est née aux Pays-Bas en 1914, dans une famille juive non pratiquante. Elle étudie le droit et les langues slaves à Amsterdam. En 1941, elle rencontre Julius Spier, un psychochirologue, élève de Jung, dont elle devient la patiente, la secrétaire et l’amie de cœur. Elle tient un journal intime, qui, avec une série de lettres, est le seul écrit que l’on ait d’elle. En 1942-1943, elle fait plusieurs séjours au camp de transit de Westerbork, puis elle est déportée à Auschwitz où elle meurt le 30 novembre 1943. Etty-Hillesum

Alors que ses proches insistent pour qu’elle entre dans la clandestinité et se cache, elle refuse toute tentative d’échapper à une situation de plus en plus menaçante. Elle veut, dit-elle, « partager le sort de son peuple » et part volontairement pour le camp de Westerbork où elle aide les gens avant leur déportation. En dépit des circonstances tragiques, elle affirme sa reconnaissance à Dieu pour une vie belle et pleine de sens et son acceptation de tout ce qui peut arriver. À la haine qui l’entoure, elle prétend répondre par l’amour, un amour qui trouve pour elle sa source dans la confiance qu’elle a en Dieu.

Son journal retrace son cheminement existentiel et spirituel. En quelques mois, elle connaît une évolution spirituelle forte. Sur les conseils de Spier, elle se met à l’écoute de ce qu’il y a au-dedans d’elle-même et trouve peu à peu le contact « avec ce qu’il y a de plus profond et de meilleur en elle », qu’elle appelle Dieu. La confiance en ce Dieu à l’intérieur d’elle lui donne la force d’affronter la vie et la remplit d’un amour universel. Elle acquiert aussi la conviction que la situation tragique à laquelle elle fait face n’est pas de la responsabilité de Dieu mais des êtres humains qui, seuls, peuvent changer le cours des événements. Elle va dès lors s’efforcer de mettre à jour Dieu dans le cœur des autres.

Dans ses écrits, elle développe une conception originale de Dieu, détachée de tout dogme religieux. Son Dieu est un Dieu de l’intériorité, qui se découvre par une écoute au-dedans de soi. Ce Dieu laisse l’être humain libre, ne le contraint à rien et dépend entièrement de lui pour agir dans le monde.

Elle est ainsi pionnière d’une idée qui connaîtra d’importants développements plus tard : l’idée de faiblesse de Dieu. « Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et, ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. » (Journal, 12 juillet 1942).

Indications de lecture pour aborder l’auteur

Les écrits d’Etty Hillesum. Journaux et lettres, 1941-1943, édition intégrale, Paris, Seuil, 2008

De cendres et d’amour. Portrait d’Etty Hillesum. Amsterdam, Westerbork, Auschwitz, par Ingmar Granstedt, Paris, Lethielleux, Groupe DBB, 2011

Etty Hillesum, par Sylvie Germain, Paris, Éditions Pygmalion/Gérard Watelet, 1999

by Sarah Nicolet