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Simone Weil est née à Paris, en 1909, dans une famille juive distanciée à l’égard du religieux et entièrement assimilée à la culture française. Durant ses études, elle fait la rencontre marquante du philosophe Alain. À 22 ans, elle est reçue à l’agrégation. Commence alors une existence de professeur, doublée d’un militantisme d’extrême-gauche très centré sur le syndicalisme. Elle vit une expérience religieuse intense dans les dernières années de son existence. Minée à la fois par une santé fragile (elle est affectée dès 23 ans de graves migraines) et la fatigue du rythme de vie qusimone-weil’elle s’impose, elle meurt de tuberculose et d’inanition le 23 août 1943, à 34 ans.

Sa brève existence a été marquée par d’importants engagements. Elle demande en 1935 un congé de l’enseignement pour vivre une expérience d’immersion en usine. Ouvrière dans différentes firmes de mécanique, elle atteint les limites de l’épuisement et doit renoncer, après 9 mois, à continuer. Après un peu de repos, elle s’engage dans la guerre d’Espagne où elle se blesse accidentellement. Une expérience mystique commence en 1938 et s’approfondit les années suivantes. La question se pose d’une conversion au catholicisme – qui n’aura pas lieu. En 1940, elle doit fuir Paris avec sa famille. En 1943, elle est en Angleterre avec le projet d’être parachutée en France pour une mission dans la résistance active. On la lui refuse.

Si l’on considère sa pensée, Simone Weil est d’abord une philosophe du travail et de l’action sociale et politique. Mais sur la fin de sa courte vie, elle écrit des textes qui reflètent son expérience mystique très radicale (L’amour de Dieu et le malheur, Formes de l’amour implicite de Dieu, des fragments aussi qui seront regroupés sous le titre La Pesanteur et la Grâce,…). Elle développe une théorie de l’attention qui lui permet de comprendre que Dieu se manifeste à travers le malheur même. Sa philosophie religieuse accorde une très grande importance à la réalité de la Croix. Elle propose le concept de « décréation » en vue de suggérer que le moi et la force pleine de convoitise qu’il affirme doit laisser place, en se retirant sans être anéanti, à la présence gracieuse de Dieu, révélatrice de la beauté du monde, monde qui n’a pas à être consommé mais au contraire contemplé à la lumière de la présence divine. La beauté est chez elle d’une importance capitale.

« Toutes les choses que je vois, entends, respire, touche, mange, tous les êtres que je rencontre, je prive tout cela du contact avec Dieu, et je prive Dieu du contact avec tout cela dans la mesure où quelque chose en moi dit je » (La Pesanteur et la Grâce). Quiconque lit Simone Weil, ses textes politiques et sociaux ou ses textes religieux, est marqué par la puissance avec laquelle elle opère une sorte de mise à nue du monde. Personnalité aussi étrange que stimulante, elle ne saurait faire école ou être imitée. Elle indique cependant des voies suggestives pour des sociétés obsédées par la consommation du monde et par l’affirmation du moi.

Indications de lecture pour aborder l’auteur

  • Œuvres, Paris, Gallimard, 1999 [en 1 vol. de 1276 p. qui contient les textes essentiels de S. Weil ; il peut être intéressant d’aborder l’œuvre mystique à partir du texte « Formes de l’amour implicite de Dieu »]
  • La vie de Simone Weil, par Simone Pétrement, Paris, Fayard, 1973 (réédité en 1 vol.)
  • Domenico Canciani, L’intelligence et l’amour. Réflexion religieuse et expérience mystique chez Simone Weil, Paris, Beauchesne, 2000

by Ghislain Waterlot

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