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L’objet que se donne le séminaire « Mystique et Figures mystiques » pour son programme de recherche actuel (2015-2017) est l’expérience mystique dans sa relation éthique et politique au corps social.

Cette relation est ordinairement sous-estimée car une expérience mystique suppose en premier lieu un moment de retrait et de solitude vécu dans la prière et/ou la méditation. Le moment culminant de cette phase de pèlerinage intérieur est souvent caractérisé par l’irruption de phénomènes extatiques que beaucoup considèrent comme le centre même de l’itinéraire mystique.

En réalité, les manifestations parfois spectaculaires de l’expérience sont jugées inessentielles par les mystiques eux-mêmes. Ils attachent plus d’importance au fait que leur cheminement implique, comme une sorte de conséquence nécessaire, une dimension éthique et politique. Il n’est donc pas étonnant qu’une personnalité au bénéfice d’une expérience nommée « mystique » soit comme inéluctablement conduite à se tourner vers autrui selon une modalité éthique toute particulière. Surtout, la plupart des sujets mystiques récusent l’indifférence au corps social. Ils pensent au contraire avoir quelque chose de spécifique à apporter. Cet apport inscrit une certaine rupture (mais non un rejet) avec les règles et les conduites ordinaires de l’univers social.

Il s’agira donc pour nous d’étudier d’abord ce qui est en jeu dans la vie mystique en tant que telle, dans ses manifestations : les modalités selon lesquelles se vit et s’écrit l’expérience, l’émergence de l’individualité dite mystique et son insertion dans le contexte historique et culturel. Une attention particulière sera accordée à la question de l’identité personnelle et de sa reconfiguration (dans le rapport aux autres, à l’Autre). Il s’agira aussi de réfléchir les modes d’articulation ou de relation au corps social auxquels le sujet mystique a recours pour donner à l’expérience qu’il affirme vivre son expression éthique et politique.

simone_weilEn vue de donner la plus grande précision à l’étude envisagée, nous accorderons durant les années 2015 à 2017 une attention privilégiée à trois personnalités de la mystique chrétienne moderne et contemporaine : Jacob Boehme (1575-1642), Madame Guyon (1648-1717) et Simone Weil (1909-1943 ; proche du christianisme bien que non convertie). Ces trois figures mystiques semblent sans relation historique et spirituelle : il est attesté que Simone Weil n’a jamais lu Madame Guyon qui n’a jamais lu Jacob Boehme. Cependant elles ont bien des points communs et il n’est pas absurde d’engager parallèlement (mais non pas sur le même plan) des recherches sur ces trois figures. Car toutes trois ont un rapport difficile avec les institutions ecclésiales (même si c’est dans un horizon totalement différencié). Toutes trois sont d’une radicalité assez exceptionnelle. Et les deux dernières à la fois inventent une figure de mystique féminine qui dérange profondément les cadres établis et présentent un projet éthique et politique particulièrement déterminé.

Aux fins de cette étude nous allons mettre en place un programme de recherche et des activités académiques à travers lesquelles des spécialistes universitaires et des connaisseurs de ces trois figures mystiques pourront se rencontrer et travailler ensemble.

Pour Simone Weil, un colloque a déjà eu lieu en mai 2014. Il a été centré sur les notions d’amour de Dieu, de « décréation », d’universalité, de passivité. Il appelle d’autres rencontres.

 Mme GuyonPour Madame Guyon, un projet de recherche a été élaboré en vue d’étudier la dimension politique du quiétisme, encore aujourd’hui très peu travaillée et mal connue. Il a pour fin l’écriture d’un ouvrage sur cette question, ainsi que la préparation à Genève d’un colloque international à l’occasion du tricentenaire de la mort de Madame Guyon en 2017.

Pour Jacob Boehme, un travail sera réalisé sur sa réflexion anthropologique et éthique en tant qu’elle anime la quête identitaire de l’homme déchiré entre le bien et le mal.boehme

Ces travaux centrés sur les trois figures mystiques évoquées ne doivent pas laisser dans l’ombre la volonté du séminaire « Mystique et Figures mystiques » d’être un centre d’animation académique faisant autant que possible dialoguer les savants.

Prof. Ghislain Waterlot

Dr. Mariel Mazzocco