Une transformation profonde a lieu dans le champ de la spiritualité en Europe occidentale du XIVe au XVIIe siècle, qualifiée depuis Michel de Certeau de passage de la théologie mystique à la mystique. Mais ce passage n’est ni linéaire ni simple. « Ce qui se produit n’est pas une substitution de la mystique à la théologie mystique (…) mais bien plutôt une tension constante : la théologie et la mystique (comme expérience) sont comme deux pôles qui se conditionnent et se contaminent l’un l’autre » (p. 209). Si la théologie mystique domine le début de la période, ce n’est pas sans présence immanente de l’expérience mystique à la théologie. À l’inverse si la mystique comme expérience d’un sujet semble s’émanciper à la fin de la période, la théologie mystique ne disparaît pas et revient sans cesse comme instance de théorisation et de délimitation, de contrôle aussi, de l’expérience elle-même. C’est à étudier ces relations complexes que sont consacrés les articles de ce dossier qui traitent de Maître Eckhart, Jean Gerson, Bérulle, François de Sales, Jean-Pierre Camus, Madame Guyon et Leibniz.

Dossier « De la théologie mystique à la mystique », dir. G. Waterlot, Revue de théologie et de philosophie, vol. 142, 2010, III-IV.